voici le texte tiré de mon livre Royan Pte de Grave poches de l'Atlantique (2005)
L'anéantissement des forces de surface
Dès la fin juillet, les britanniques lancent sur les côtes du Golfe de Gascogne une grande offensive (opération "Kinetic") contre les derniers navires de la Kriegsmarine.
Les redoutables chasseurs-bombardiers du Coastal Command ont fait leur apparition au dessus de l'estuaire et en un mois, ils vont provoquer une véritable hécatombe. Leur première victime est le dragueur auxiliaire M4457 ex-C.P. Andersen (423 BRT) qui est coulé le 28 juillet devant Hourtin. Au cours de la même attaque, le patrouilleur V410 est endommagé. Infestées de mines et continuellement survolées par les chasseurs-bombardiers, les eaux de l'estuaire deviennent extrêmement dangereuses. Avec le mois d'août, la descente aux enfers pour les navires de la Kriegsmarine basés en Gironde va être rapide et irréversible.
La navigation devient de plus en plus difficile, gênée par les nombreuses mines magnétiques qui constituent une importante menace. Presque chaque nuit, une dizaine de Halifaxes du Bomber Command viennent les larguer dans l'estuaire. Les dragueurs lourds et les Sperrbrechers font leur possible pour déminer, mais la tâche est énorme.
Le 11 août, deux dragueurs de la 8.M-Flottille quittent Bordeaux avec du ravitaillement pour la forteresse de Saint-Nazaire. Mais à 19 h 55 devant Pauillac, le M27 de l'Oblt.z.S. Christoph Schickel heurte une mine et coule. Le naufrage fait quarante et un morts, dont le K.Kpt. Arnulf Hölzerkopf, commandant la flottille. Endommagé le 17 août à 0 h 20, le dragueur lourd M363 parvient à rentrer à Bordeaux. Le lendemain, le M304 est lui aussi endommagé. Le dragueur auxiliaire M4207 ex-Les Baleines (253 BRT) a par contre moins de chance. Il coule à 18 h 57 près de la bouée n° 35.
La principale menace, qui pèse sur la navigation en Gironde, vient du ciel. Dans la matinée du 12 août, trente-cinq Mosquitos des No 235 et 248 Squadrons s'en prennent aux navires évoluant à l'entrée de l'estuaire. Devant Royan, ils attaquent à la bombe et au canon un dragueur lourd et trois patrouilleurs. Sérieusement touché, le M370 doit s'échouer à 10 h 20. Devant Le Verdon, le Sperrbrecher 5 Schwanheim n'est que légèrement endommagé à 10 h 30, mais ses heures sont comptées. Le patrouilleur V410 ex-Germania (427 BRT), incendié à 10 h 45, est abandonné par son équipage qui a deux tués. Les gros Sperrbrechers sont l'une des proies favorites des chasseurs-bombardiers. Dans la matinée du 13 août, à 9 h 30, dix-huit Beaufighters des No 236 et 404 Squadrons conduits par le W-Cdr A. Gadd surprennent le Sperrbrecher 5 Schwanheim (5 339 BRT) et le Sperrbrecher 6 Magdeburg (6 128 BRT) à l'ancre devant Royan. Attaqués à la roquette et au canon, ils ripostent violemment mais sont rapidement mis en feu. Ils couleront dans la matinée du lendemain. Les équipages ont subi de nombreuses pertes, dont treize morts sur le Schwanheim et huit sur le Magdeburg. Un appareil du No 236 Squadron a été abattu. Le 14 août, les Mosquitos endommagent devant Le Verdon le destroyer Z24, qui a été repéré l'avant-veille sans être attaqué, et le tanker Schwarzes Meer (3 371 BRT). Sortant juste de réparation suite à l'engagement du 9 juin dernier en Bretagne, le destroyer reçoit cinq roquettes et une centaine d'obus qui provoquent encore de gros dégâts. Il doit retourner à Bordeaux pour de nouvelles réparations.
Le 21 août, après plusieurs jours de mauvais temps, les chasseurs-bombardiers sont de retour sur l'estuaire. A 17 h 30, les Mosquitos des No 235 et 248 Squadrons coulent le dragueur lourd M292 et endommagent le patrouilleur V407. Trois jours plus tard, ils coulent devant Royan le patrouilleur V413 ex-Ferdinand Niedermeyer (286 BRT). Ce même 24 août, les Beaufighters obtiennent leur plus belle victoire en détruisant le destroyer Z24 du K.Kpt. Heinz Birnbacher et le torpilleur T24 du Kptlt. Wilhelm Meentzen devant le Verdon (voir chapitre spécifique).
La dernière victime des chasseurs-bombardiers est le petit patrouilleur V411 ex-Saarland (435 BRT) qui est attaqué le 26 août à 17 h 30 devant Royan et coule à la suite de l'explosion de sa chaudière. Le lendemain, le V404 ex-Baden (321 BRT) et le M4206 ex-Picorre (287 BRT) sont sabordés à Royan. Les équipages rescapés de tous ces bâtiments détruits ou sabordés, notamment ceux des Sperrbrechers, vont former dans la Festung Gironde Nord, sous les ordres du F.Kpt. Fritz Drevin, le Marinebataillon Tirpitz qui sera intégré au dispositif défensif de la forteresse. Désormais, hormis les petits Hafenschutzboote, il ne reste plus un seul navire opérationnel dans l'estuaire, les derniers ayant été sabordés à Bordeaux. La Kriegsmarine anéantie a cessé de régner sur la Gironde.
Le 25 août, immédiatement après le départ des deux derniers U-Boote, le minage du port de Bordeaux est entrepris. Mais la destruction des installations portuaires exigée par l'OKW ne se fera pas. En effet, avec l'approbation du Gen.Lt. Albin Nake, le K.Kpt. Ernst Kühnemann (Hafenkommandant), fait seulement procéder dans la journée au sabordage de nombreux navires dans la Garonne pour provoquer un embouteillage. Un barrage est ainsi mis en place à hauteur de Lagrange à une dizaine de kilomètres en aval de Bordeaux. En bloquant efficacement le port, il en interdira l'utilisation. Dix-huit navires, dont des anciens briseurs de blocus, y sont sabordés en trois groupes (groupe aval : cinq navires dont Osorno (6 951 BRT), Elsa Essberger (6 103 BRT), Usaramo (7 775 BRT) et Scharlacheberger (2 877 BRT); groupe central : six navires dont Himalaya (6 240 BRT), Rastenburg (4 479 BRT), Tannenfels (7 840 BRT) et Stanasfalt (2 468 BRT); groupe amont : sept navires dont Fusijama (6 244 BRT), Nordmeer (5 646 BRT) et Schwarzes Meer (3 371 BRT)). A Bordeaux même, une vingtaine de navires sont coulés sur les quais ou au milieu de la Garonne, dont le Sperrbrecher 3 Belgrad, les dragueurs lourds M262, M304, M363 et M463 de la 28.M-Flottille, le dragueur auxiliaire M4442 ex-Touquet (251 BRT), le patrouilleur V407 ex-Dorum (470 BRT), le tender Nordsee (?BRT), le tanker Frisia (953 BRT), les cargos Derindje (3 063 BRT), Dresden (5 567 BRT) et Merceditta (1 162 BRT), et les chalutiers Brook (237 BRT) et Sardella (329 BRT). Vingt-deux autres navires sont sabordés à Bassens, dont dix-huit dragues et le pétrolier Burano (4 450 BRT). Aux Forges et Chantiers de la Gironde, le Sperrbrecher 14 Bockenheim et le destroyer Z37 sont mis hors service, le dernier dans la grande forme de radoub. En tout, ce sont près de 200 bateaux représentant 170 000 BRT qui sont ainsi coulés intentionnellement. Enfin, les sous-marins U-178, U-188 et UIT-21 sont sabordés dans le U-Bunker dont toutes les installations intérieures sont dynamitées.